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28 juin 2006 3 28 /06 /juin /2006 23:24

Je reprends un article paru dans le blog "mémoires de l'Ariège" avec tous mes remerciements à son auteur pour ces souvenirs savoureux et sa jolie façon d'écrire!

A la lecture de ce qui va suivre, n'allez pas imaginer que la Daurade était mal fréquentée, elle ne l'était pas.
Enfin pas trop...
Quoiqu'il en soit, la lutte des classes, exceptant Monsieur Rassoutier, marchand de bois, charbon et fuel au bidon de 10 litres, communiste convaincu et fier Stalinien - j'y reviendrai - n'avait pas cours dans les parages...
Le pilier du bar de la Daurade, l'homme emblématique, en ces temps un rien archaïques, était Lariva.
C'est qu'il impressionnait Lariva !
Proxénète notoire en ses jeunes années et même un peu plus tard, il avait éliminé un caïd qui lui reprochait un bout de trottoir, ce qui lui avait valu quinze ans de prison, sa photo dans le journal avec à la une "Règlement de compte dans le milieu Toulousain", et une réputation que sa face joviale quoique ténébreuse d'Espagnol démentait résolument..
Rien qu'à son nom les hommes tremblaient, les enfants retenaient leur souffle, et les femmes remontaient quelques épingles à leur chignon au demeurant parfait... mais le geste est si féminin...
Lariva était entouré d'une aura aussi mystérieuse que ses revenus, c'était un dur, un vrai, un tatoué.
Ses revenus, justement, nous allions bientôt apprendre que le trottoir étant risqué, il avait bifurqué sur plus discret, quoique tout aussi meurtrier dans certains cas.
Marié avec une femme à qui l'on eut remis le Bon Dieu sans confessions, père de deux fils tout aussi mystérieux quant à leurs activités, et de deux filles qui semblaient sorties du couvent des Oiseaux, il avait converti son épouse au plus vieux métier qui soit aussi : "faiseuse d'anges".
Elle oeuvrait en étage, dans sa cuisine, sur la toile cirée de la table familiale, et posait les sondes avec une dextérité qui ne lui évita pas quelques mois de prison, après qu'une de ses clientes eut vendue la mèche à la suite d'une infection qui la mena à l'hôpital.
Lui, plus ou moins rangé des voitures, comme on disait en ce temps là, se contentait de rabattre les femmes en difficulté. Disons qu'il était commercial d'une entreprise familiale qui tournait bien, vu la marque de sa voiture.
Ceci n'empêchait pas Lariva de veiller sur la vertu des filles du quartier comme sur les siennes - dame, il savait ce qu'elles risquaient - et de leur demander des comptes quand il les croisaient en dehors du quartier, lequel se limitait à la Place, à la rue des Blanchers, la rue Jean Suau et jusqu'au début de la rue Gambetta et des quais Lucien Lombard.
J'ai eu à subir nombre de fois cet interrogatoire en règle, jusque loin dans la ville parfois :
- Tiens tu es là toi ?
- Ouiiii.
- Et où tu vas comme ça ?
- A Monopriiiix.
- Et ta mère sait où tu es ?
- Ouiiii c'est elle qui m'envoie !
- Je vais vérifier, tu le sais ?
- Ouiiii.
- Bon...File !...Et pas de garçon, hein ! Tu auras affaire à moi sinon !
Et il vérifiait !
Il m'arrivait souvent de soupirer ou de lui répondre sur un ton légèrement - très légèrement - excédé qui ne lui convenait pas et il ajoutait :
- Oh ça va la tornade blanche, pas avec moi, tu baisses le son et tu baisses les yeux tout de suite parce que...
Il ne finissait jamais la phrase, mais ce qu'elle supposait suffisait à me porter à l'obéissance !

Un soir, que tout le monde - ou presque - regardait "Le rhinocéros" de Ionesco, au café Gourdeau, quand la pièce fut finie, bien sûr, il m'apprit ce qu'était une convention de langage.
Je me souviens qu'il en fallait une pour que l'homme puisse se comprendre en communicant parce que :
- Vois tu, la tornade, si tu appelais une fourchette "cuillère" et moi une fourchette "fourchette", on ne se comprendrait pas, tu vois, on ne parlerait pas de la même chose ! Il faut qu'un mot puisse dire la même chose à tout le monde. Il faut qu'une fourchette soit une fourchette pour chacun, sinon ce serait le bordel ! Sans la convention de langage on aurait continué à grogner comme au temps des cavernes ! Et quand on ne se comprend pas, ça rend violent !
Dont acte.
Mais je me demandais si le Grand Marcel, qu'il avait envoyé jadis ad patres, parlait une langue étrangère, ou pire, s'il était muet...

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Published by Le Piéton de la Daurade. - dans Un peu d'histoire...
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commentaires

Aédia de l'Ariège 17/09/2009 02:24

Ah bah...Voilà que je retrouve mes souvenirs sur ce blog...Me demander mon avis avant parution eut été sympa, mais pour la Daurade, la rue des Blanchers et Toulouse, je vous pardonne de ne l'avoir point fait !Me garderez vous une place à votre vide grenier de printemps pour la peine ?

Le piéton de la Daurade 20/10/2009 16:10


On se remet tout juste de celui bien mouillé de 2009, mais vous serez la bienvenue pour celui de 2010!  Dès le début mars rappellez nous et ce sera fait! A bientôt