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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 19:11

Toulouse n’aime pas l’apartheid social. Ici on se parle, on se rencontre dans l’espace public entre gens d’origine et de milieux différents. Convivialité méridionale oblige. L’ancien cloître des chartreux est un de ces lieux populaires de rencontre et un élément méconnu du patrimoine historique et artistique toulousain. Ce lieu est en danger. Il faut le préserver.

Entre la rue Valade, la cité universitaire de l’arsenal et les bâtiments de l’université de Toulouse - Capitole, les touristes et les promeneurs découvrent un jardin mal entretenu et trois rangées d’arcades de briques dessinant un grand U : les vestiges de l’ancien cloître de la chartreuse de Toulouse et son préau (XVIIe –XVIIIe s. voir L’Autà de mars 2016). Rien n’indique pourtant aux passants de quoi il s’agit, ni le lien à établir avec l’église Saint Pierre au numéro 22, l’ancienne église conventuelle, et le bâtiment adjacent, jadis logis abbatial, actuellement aumônerie des étudiants catholiques. L’espace souffre d’enclavement dans l’espace de l’université Capitole. Ce cloître témoigne pourtant de l’emprise des propriétés religieuses à Toulouse sous l’Ancien régime et de la forte identité catholique de la cité à cette époque. Les vestiges médiévaux des cloîtres toulousains attirent les visiteurs au Musée des Augustins et aux Jacobins. Mais l’architecture des XVIIe-XVIIIe siècles est moins mise en valeur. La cour de l’ancien monastère de la Daurade est masquée par la façade de l’école des Beaux Arts. Cela rend d’autant plus précieuses les ruines du cloître des chartreux et son jardin.

Les vestiges de ce cloître sont aujourd’hui complètement négligés : les tuiles qui protègent les arcades tombent sans être remplacées, les briques s’effritent, se déchaussent et se cassent, laissant dans les piliers des trous béants, personne pour effacer les tags. L’université de Toulouse Capitole, a décidé de le restaurer, ce serait une bonne nouvelle, si elle ne voulait aussi en réserver l’accès aux étudiants.

Quant à ce qui fut naguère un jardin fleuri au charme un peu secret, naguère entretenu par les jardiniers municipaux, c’est devenu une steppe semée de trous, qui sont autant de pièges pour les chevilles. L’espace est désormais nettoyé par les employés de l’université. Une dame du quartier s’occupe personnellement de l’unique rosier survivant. Les bancs, barbouillés de peintures multicolores, incitent pourtant au repos et à la contemplation, surtout quand fleurit l’arbre de Judée ou que la rosée couvre de perles minuscules les inflorescences plumeuses du rhus cotinus.

Ce jardin était jusqu’ici partagé entre plusieurs types d’utilisateurs, ce qui en faisait un lieu de mixité sociale. Les fruits que donne un généreux figuier sont cueillis tant par les étudiants que par les voisins de la rue Valade et des personnes qui ont dormi sous ses branches. Les nuits d’été les frondaisons fournissent en effet un abri précaire aux S.D.F. Vers huit heures, le jardin devient le domaine des pigeons, des perruches, des corneilles et des cynophiles, qui font faire une promenade hygiénique à leur animal de compagnie ; ces gens, soucieux du bien commun, ne manque pas d’utiliser les corbeilles et les sachets pour jeter les déjections de leurs chiens et ôtent eux-mêmes les tessons de bouteilles qui jonchent souvent le sol. Un de ces promeneurs a signalé un jour à une employée de l’université un arbre mort, dangereux pour les passants. A la fin de la matinée, pendant l’année universitaire, les étudiants prennent possession des lieux pour lire, étudier ou déjeuner sur l’herbe. L’après-midi voit les allées transformées en boulodrome par les amateurs de pétanque, étudiants ou pas. Des travailleurs y prennent l’air en devisant en fin de journée. Mais, la nuit, le système d’éclairage, totalement saccagé, transforme le jardin, en zone d’ombre propice aux activités nocturnes clandestines. Les plus innocentes sont les beuveries, dont témoignaient au matin les déchets débordant des poubelles: bouteilles vides, morceaux de verre, emballages divers… Est-ce pour créer de la transparence, supprimer les cachettes possibles et décourager ces trafics malhonnêtes que les haies, les arbustes et même les jeunes cyprès ont été récemment arrachés, privant la faune sauvage de l’abri des feuillages, mais laissant voir de la rue ce qui se passe dans le jardin ?

Les responsables de l’université Capitole tirent argument de ces débordements pour décrire ce jardin comme une sorte de Cour des Miracles qu’il faut éradiquer, afin de réserver ses pelouses à leurs étudiants. Un espace partagé et convivial, lieu de mixité sociale, deviendrait une espace fermé, privé, pour l’usage exclusif d’une seule catégorie de personnes. D’un côté, on tient de grands discours sur la citoyenneté et la lutte contre le communautarisme, et de l’autre, sous prétexte de sécurité, on supprime un lieu où cette mixité sociale était possible et harmonieuse. Il suffirait de fermer ce jardin pendant la nuit, comme les autres jardins publics de la ville, pour y maintenir le bon ordre et la sécurité. En journée, ce jardin doit rester ouvert à tous. La Municipalité devrait, comme naguère, en assurer l’entretien, avec autant de soin que ceux des quartiers résidentiels, comme le Jardin Royal ou le jardin Compans. Cela n’empêcherait en rien les étudiants d’y lire ou de s’y détendre. Y perdraient-ils d’y rencontrer des gens d’autre générations et d’autres milieux ?

La Ville de Toulouse, quant à elle, aurait tout à gagner à mettre en valeur cet élément de son patrimoine architectural. Nous sommes, entre la place Saint Sernin, la place du Capitole et la place Saint Pierre, dans un secteur historique où de grands travaux sont prévus ou en cours. Les chemins de Saint Jacques de Compostelle, dont Toulouse est une étape majeure, sont inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Venant de Saint Sernin pour aller vers la Garonne, les pèlerins et les touristes passent par tout un réseau de rues qui constituent ensemble le « chemin de Saint Jacques » et dont la Chartreuse de Toulouse, avec son cloître, est un élément important. La Municipalité espère que, comme Albi et Bordeaux, Toulouse soit, elle aussi, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et développe son tourisme. Elle ne peut se désintéresser du sort de l’ancien couvent des chartreux et de son cloître. Le libre accès à cet espace doit être maintenu et ne peut rester suspendu aux oukases du Président de l’université Capitole.

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Published by Le piéton de la Daurade
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